La classique Santa Susanna

2 x 100 km en Espagne, une onzième 3* pour Sahid

L’avant- course
La préparation semblait idéale. Sec, musclé comme jamais, Sahid avalait
les côtes au trot sans souffler. Cependant, deux tracas. D’abord une chute.
Le gris ayant été blessé au passage de sangle, nous le sanglions modérément.
Dimanche, avant le départ vers l’Espagne planifié mardi, la selle a tourné.
Tombé durement sur l’asphalte, je traîne un dos raide, une main endolorie
et surtout, le pied gauche m’empêche de marcher normalement. Ennuyeux,
car il faudra clopiner à côté du cheval lors des passages abrupts.
Et puis, nous logeons déjà à Santa Susanna après un voyage de deux jours sans
histoire quand nous apprenons que Julie Kinna, prévue à l’assistance avec
Alienor Linotte, est souffrante. Elle ne nous rejoindra pas en avion !
Or même si Ali assume parfois l’impossible, ici, deux personnes demeurent
absolument nécessaires.

Le site implanté à 1 km du bord de mer ressemble à un tremplin. En quelques
minutes, on gagne plusieurs centaines de mètres d’altitude. Le jeudi et le vendredi,
détente de Sahid parmi ces petites montagnes tout à fait vertes. L’occasion
de m’apercevoir que je me sens bien sur son dos. Par contre, aller à pied reste douloureux.

Tourisme
A Barcelone, nous visitons une fois encore la Sagrada Familia. L’édifice, lyrique,
stupéfiant de beauté mérite à lui seul le déplacement. Si cela fonctionne mal en
course, nous pourrions aussi assister au match Barça/Espanyol programmé
dimanche à 17 h. Je le dis pour rire à Ali. Mais elle préfère réussir ces 2 x 100 km,
une des plus grandes classiques du monde. Elle a raison. Messi, ce sera une autre fois.

Premier jour, samedi
Présenté par une cavalière espagnole, Marc, un jeune homme des environs
complètera notre équipe. Il connait le job et en plus exerce la profession de
maréchal ferrant. Il ne parle pas français ? Tant pis, on se débrouillera !

Côté météo, ciel plutôt dégagé, 12°/13°.

L’épreuve, pénible comme une étape de hautes montagnes au Tour de France
compte précisément 97 km et 3000 mètres de dénivelés positifs. On parcourt le
même circuit samedi et dimanche.

Après 18 km, sur la courbe de niveau 700, les chevaux accumulent déjà
1100 mètres de grimpettes dans les jambes ! Car, particularité du terroir,
on s’élève par paliers, on s’interrompt afin de dévaler des ravins au galop
et on recommence.
A cinq minutes des premiers, Sahid suit facilement le peloton.
Au franchissement de certaines rampes, je suis le seul (?!) à revenir au pas.
Nos concurrents n’hésitent pas. Trot soutenu, presque partout ! Sahid, en excellent
descendeur, garde le contact. Au contrôle, il récupère vite, se déplace à merveille
et pointe en 12e position sur 37 partants.
Guère de changements le reste de la journée. Une petite alerte quand même
vers le 75e. Un coup de mou, promptement surmonté.

A l’intendance, Ali et Marc travaillent harmonieusement.

Deuxième jour, dimanche       
Ce matin, 24 couples seulement s’élancent. Sahid frétille. On dirait qu’il n’a pas
couru hier. Et qui a couru hier ? Au fil d’une colonne emmenée par deux Italiens
survoltés, tout le groupe avance plus vite que la veille ! Nous devrions ralentir !
Mais derrière il n’y a personne. Hors de question d’esseuler Sahid. Contraint,
pestant, j’imite les autres. Beaucoup vont payer cet empressement et 15
courageux à peine rejoindront l’arrivée. En 40 km, nous reprenons 10 minutes
sur les cinq premiers. Sahid, à l’aise pénètre rapidement au vet.
A ce moment, nous sommes 6es.

Mais cela se grippe. Vers le 165e km. En tête, un trio.
Puis à six minutes, cinq chevaux, dont le mien qui mène calmement.
Subitement, comme une panne sèche. Mon hongre ne s’intéresse plus
à ses congénères et les laisse s’éloigner peu à peu. L’impression d’un
malheur qui s’abat.  (Pas un vrai malheur évidemment, mais maintenant…)

Impuissant et triste, je sais ce qui m’attend : pas et petit trot. Quand le
reste du peloton fond sur nous, Sahid s’accroche deux ou trois kilomètres,
puis seul, à nouveau. Marchant à ses côtés, moral en berne, pensant aux
26 bornes de l’ultime étape et aux 1000 mètres encore à grimper, je songe
à abandonner.
Pourtant, pendant la pause, le cheval boit et mange. Le rythme cardiaque
lent et stable, l’avis positif du véto, d’Ali et aussi les pique-niques intacts
de l’assistance (ceux d’aujourd’hui et ceux de la veille,  ils n’ont rien entamé
faute de temps) me décident à repartir.
J’espère que quelques concurrents reviendront de l’arrière. Ainsi, progressant
de concert, Sahid, retrouvera assez d’énergie. Pas de chance ! Solitude !
Je fais comme je peux. Le chronomètre égrène les secondes pendant
2 heures et 33’ lors des 26 kilomètres. Mais le soleil brille quand j’en termine,
11e à 15km/h de moyenne.

Davantage que cette réussite partielle, les statistiques de Sahid (13 ans) offrent
des satisfactions. Il vient de boucler sa onzième 3 étoiles ! Des courses de 160 km
en un jour ou 200 km en deux jours. Dont trois fois Florac et  Santa Susanna.
Un niveau atteint par moins d’un pour cent des chevaux d’endurance. Et depuis
le début de sa carrière, il n’a jamais subi l’élimination. Un roc !

Michel Lequarré

pour voir les résultats complets ATRM (onglet endurance en haut)