Que penser de la retraite
des vieux chevaux ?


Marbre Rouge un trotteur pensionné à 20 ans après une carrière de 16 ans à l’école d’équitation Bois du Roi.
On le voit ici chez ses bienfaiteurs Jacky et Eliane Debougnoux accompagné d’un shetland (il ne faut jamais
laisser vivre un cheval seul !). Les clôtures sont de qualité, il disposent d’un box et profite chaque jour
d’une herbe abondante. Une solution idéale, mais un budget très conséquent sera nécessaire !
 



Concernant les chevaux, peu à peu, l'idée qui s'impose dans le public,
équestre et autre, est qu'il serait convenable de leur assurer une retraite
reposante, par exemple en prairie.

Ils sont nombreux ceux et celles qui parlent avec horreur de la consommation
de viande chevaline ou de toutes autres solutions qu'une fin de vie menée
jusqu'à son terme naturel. Ainsi le statut du cheval évolue :
d'animal de rente, il deviendrait un compagnon familial et serait traité comme
tel, à l'image du chien.

Le projet d'une douce retraite des chevaux qui ont œuvré pour notre plaisir
est extrêmement sympathique. Mais il peut couter cher.
Un cheval travaille jusqu'à un âge variable.
Il arrive parfois qu'un 5 ans se blesse ou se ruine. Un vétéran des compétitions
ne pourra plus concourir, mais fera une excellente monture de promenade
quelques années encore.
Un maître d'école dans un manège fourni le plus souvent une bonne dizaine
d'années de prestation. Mais pour tous, la fin de carrière active survient
un jour, souvent à la suite d'une boiterie chronique.

La durée de vie moyenne est de 25 ans, cependant beaucoup de chevaux
vivent 30 ans et quelques-uns atteignent même 35 ans.
L'âge moyen de la cessation d'activité semble être de 16 ans.

Avec tout ce qui précède, on voit qu'il n'est pas exclu de devoir assurer
une retraite d'une durée de plus de 25 ans !

Mais qu'est-ce que cela coute ?
Mettre un cheval au vert dans une pension tout juste convenable sera
facturé à 160 € minimum par mois. Deux vermifuges et 4 parages par an
(impossible de faire moins) font monter la note à 2200€ par an, si le retraité
n'est pas malade et ne se blesse pas.
Durée de vie moyenne (25), moins âge moyen de départ à la retraite(16),
soit neuf années par cheval. Ainsi, 2200 x 9 = 19800 €. C'est le cout (minimum)
d'une retraite moyenne. A vous de compter ce que dépensera un propriétaire
qui devra assurer une retraite de 25 ans !

Poursuivons notre raisonnement. Si un cheval de manège travaille 10 ans,
il faudrait chaque année mettre en réserve 1980 € en vue de ses vieux jours.
Ce qui revient à augmenter les leçons de 40%. Que ceux qui seraient d'accord
de subir une telle augmentation lèvent la main ! Car ce ne sont pas
les finances fragiles de la plupart des cercles équestres qui sauraient assumer,
ne serait-ce qu'une partie de cette charge supplémentaire.

Chacun réfléchira à ceci selon sa propre sensibilité, mais il y a des contingences
économiques incontournables aussi bien pour les cas particuliers, comme on l'a vu,
que pour l'économie du secteur en général. En effet, beaucoup de propriétaires
ne peuvent pas assurer à la fois une pension pour leur cheval de sport ou de loisir
et une autre pour leur vieux cheval.

Avec des conséquences énormes pour l'élevage, le commerce et en général
toute la filière équine (aliments, maréchalerie, sellerie, concours,
établissements équestres etc.)

On approuve le cavalier qui en a les moyens et qui met un fidèle performer
comptant dix saisons de coupes et flots dans un doux cocon, mais vouloir
généraliser ce système ne va pas sans d'énormes difficultés financières.

A chacun de trouver sa solution !

 

Qu'en est-il au Bois du Roi ?



Dans la plupart des cas, une charge de travail nettement diminuée (on passe
de 10 à 12 heures par semaine à quelques heures… par mois) permet aux
anciens du manège de vivre une deuxième carrière avec ou chez un particulier.
Ainsi, beaucoup de « séniors » bénéficient actuellement d'une semi retraite,
souvent dans des conditions très favorables.
En tout, sur une période de 18 ans, environ 2/3 des mises à la retraite
ont pu se faire comme cela.

Si le cheval est un jeune boiteux, il n'y a pas d'autres solutions que l'euthanasie ou,
ce qui ne se fait presque plus, la boucherie (parfois avec des chevaux qui
n'avaient travaillé que quelques mois).

Il faut savoir qu'il existe des moyens de masquer provisoirement une boiterie.
L'homme de cheval honnête, se doit de réformer les boiteux et les rares
méchants afin d'éviter à autrui l'action mercantile de marchands
(ou de particuliers) indélicats. On connait des chevaux handicapés
qui sont vendus et revendus plusieurs fois en faisant chaque fois
le malheur de leur acheteur…

Michel Lequarré

Mise à jour décembre 2018