Editoriaux

Bonne année 2020


Photo Brigitte Melen

A l’heure des nouvelles résolutions et des vœux, toute l’équipe du Bois du Roi
vous souhaite le meilleur en 2020 et vous conseille des qualités fort
utiles en équitation.

Au début de notre activité au Bois du Roi, nous avions un cavalier d’une trentaine
d’années. Son père avait parfaitement réussi en tant que moniteur de golf
à une époque où greens et golfeurs étaient rares. « Mon paternel a fait
prospérer sa famille uniquement grâce au golf. J'ignore s’il était un bon
professeur, mais il avait un talent : il savait persuader ses élèves qu’ils
jouaient bien ! »

Il savait persuader ses élèves qu’ils jouaient bien ! Cette petite phrase
nous turlupinait. Nous-mêmes, devions-nous posséder cette faculté afin de mener
notre projet à bien ou pouvait-on procéder autrement ? Une école d’équitation
digne de ce nom était-elle compatible avec le cadre commercial ?

Marie-Anne et moi, nous fîmes comme nous le sentions en plaçant le curseur
nettement du côté de l’enseignement au détriment de l’aspect mercantile à court
terme. Excellente décision; d’une pierre deux coups ! D’un côté, notre maison
fonctionnait en formant beaucoup de membres conformément à notre schéma
essentiel et de l’autre la satisfaction sur le long terme des élèves/clients assurait
la pérennité de ce qu’il faut bien appeler une entreprise.

Donc nous n’avons pas cherché à persuader les cavaliers qu’ils montaient bien,
nous avons voulu qu’ils montent bien ! C’est beaucoup mieux. Et implique de susciter
chez eux des qualités (des vertus ?) parfois difficiles à mettre en œuvre comme
la persévérance, le courage, la sensibilité, la patience, la minutie, la rigueur,
auxquelles s’ajoutent l’humilité, la modestie et la générosité (notamment
quand on instruit de jeunes chevaux). Vaste programme ! Nous en  convenons.

Voici un bel exemple. Majoli n’a jamais consenti à sauter. Pour l’étrier
d’or une candidate, Isabelle Meurice, jeune fille pleine d’entrain se mit en tête
d’accomplir les deux épreuves pratiques avec lui. Challenge probablement
impossible, mais elle ne se démoralisait pas. Peu à peu, au fil des mois,
Isabelle obtint des enchainements et le jour J, elle décrocha le brevet
sur le dos de Majoli ! Superbe moment plus jamais reproduis.
Comportement magnifique d’Isabelle qui au lieu d’espérer une monture facile
s’oblige à une tâche ardue et réussit ! A méditer pour ceux qui refusent
de voir leur manque de compétence et préfèrent transférer leur faiblesse
sur le compte du cheval !

Humilité et modestie s’imposent, car celui qui se surestime ne distingue
pas les améliorations nécessaires et bloque ainsi sa progression.  Osons
une répartition à la grosse louche. Environ 70 % des élèves se surestiment
(certains d’une manière inouïe), 10 % au contraire se déprécient. Les  20 %
restant se jaugent à peu près sagement. Quasiment tous les bons cavaliers
se retrouvent dans ces deux dernières catégories ! Car ceux qui se surévaluent
le font justement parce qu’ils n’ont pas encore perçu l’extraordinaire sensibilité
de nos partenaires équins et à quel point le cavalier doit faire preuve d’un tact
extrêmement fin tout en ayant une position impeccable et des mouvements
fluides rigoureusement adaptés à la situation. Le ou les gestes justes,
précisément au bon moment, avec l’intensité conforme et d’une durée exacte*.
Le tout sur un être vivant qui a sa propre volonté et qui secoue ! Un défi tellement
passionnant que plusieurs vies ne suffiraient pas à en faire le tour !
 
Mais vous pouvez consacrer 2020 à vous approcher de l'objectif. Cela en vaut
la peine, car plus vous accumulerez d’habileté, plus les joies à cheval seront
profondes et plus vous vous épanouirez. Chers élèves, en vous remerciant
de nous faire confiance, c’est aussi cela que nous vous souhaitons en 2020 !
Vive l’équitation !

*gestes justes, au centimètre – timing avec une marge de +/- 15 centièmes
de seconde – intensité à moins de 100 grammes près – durée presque
toujours courte, avec environ  15 centièmes de seconde de marge

Marie-Anne et Michel Lequarré