Sahid à Florac

Grosse satisfaction !


Sur le Mont Aigoual vers le 65e km

Florac représente pour l’endurance équestre ce que le Tour de France est au cyclisme.
Organisation de prestige avec des moyens qu’on ne voit nulle part ailleurs. Public considérable, chevaux et cavaliers du top mondial, mythique parcours de montagne ainsi que l’atmosphère particulière des Cévennes constituent la « légende Florac ».
 
Cette année, 174 paires se sont présentées au contrôle initial ! Jamais en Europe il n’y a eu autant de partants lors d’une CEI.

A quatre heures du matin samedi 11 septembre, vingt nationalités venues de tous les continents (sauf Océanie) forment le peloton qui s’élance dans les ténèbres. Nous sommes sept Belges. Les sabots crépitent contre l’asphalte comme des mitraillettes. Avec les lampes frontales qui tressautent au rythme des trots enlevés, on dirait un feu d’artifice. D’ailleurs je respire une légère odeur de poudre provoquée par les étincelles de toutes ces ferrures.
Le groupe s’étend sur 500 mètres. Au milieu mon Sahid, plus paisible que d’habitude, me propulse dans la sarabande. Les chemins semblent bons. Quelqu’un me salue : « Ça va Michel ? » Je réponds sans savoir qui parle. Je ne vois qu’une croupe (celle d’une jument avec un ruban rouge dans la queue, attention, pas trop près !) et le dos du cavalier qui me précède.
Invraisemblable de le croire, mais malgré la masse, la colonne va sans à coup.

Il  y a six étapes pour 160 km en une seule immense boucle. De sorte que les organisateurs ont installé six sites complets pour les contrôles. Une infrastructure exceptionnelle!

Au premier arrêt, aucune lueur du jour ne pointe, mais des projecteurs éclairent les veloutes de buée qui s’échappent des très nombreux chevaux revêtus de couvertures et une foule de gens s’agitent partout. En trois minutes, Sahid passe le vet à 56 battements cardiaques. Alienor Linotte, très bien aidée par Alain, un français passionné s’occupe de notre athlète à la perfection: massages, réfrigérant sur les jambes, alimentation, etc.
 
Nous reprenons au 104e rang. Ciel serein. Dans la lumière rasante de l’aube, le paysage de moyennes montagnes offre de superbes images. Calfeutré parmi les autres, je galope sur les pistes de notre randonnée d’été. En 100 minutes, nous avalons le trajet d’une pleine journée de juillet !

A la pause, Ali constate que les plaques de protection posées sous les pieds partent en lambeaux. Or il n’y a ici que des cailloux. Si nous ne trouvons pas de solution, cela risque de tourner au vinaigre…

Troisième partie, avec le versant de l’Aigoual à 1560 mètres. Le chemin monte régulièrement sur huit bornes, avant un final en raidillon. Aucun signe de lassitude, Sahid, au petit trot emmène un groupe de quatre ou cinq. Nous marchons quand la pente s’accentue, car je veux conserver beaucoup de force. Il reste 93 km et presque 1500 mètres de dénivelé positif.

Les plaques sont détruites. Quitte à perdre du temps, nous décidons de referrer, au moins les antérieurs. En vain, je cherche le maréchal dans tout l’espace du troisième vet. On trouve sa camionnette, ses outils, son chien, mais pas le bonhomme. Impossible d’appeler au micro, les gens de la sono ont déjà rejoint le point suivant.


Vers le 107e km, juste après 500 mètres de dénivelé.

A trois, avec deux compatriotes, Muriel Guillaudeux et Séléna de Wasseige nous attaquons la 4e portion. Longtemps, j’ai mal au ventre. Dans un village, je suis obligé de laisser le cheval à un signaleur et de courir vers un établissement public. Toute une terrasse s’esclaffe !

Plus personne en vue. Devant nous la montée vers le causse Méjean, terrible difficulté, 500 mètres à gravir en moins de trois kilomètres. Il fait chaud sur ce précipice blanc. Sahid, seul, marque le coup. En alternance avec l’ascension sur la selle, je mets pied à terre plusieurs fois. C’est lent, ça n’en finit pas ! Il est 13h 10’. En dépassant le panneau « 105 km », des marcheurs m’encouragent et me demandent depuis combien de jours nous sommes partis. « Ce matin à 4 heures », ils en restent bouche bée.
Au sommet, une famille en villégiature devant un panorama de rêve, propose d’étancher notre soif. Deux verres frais pour moi et une bassine pour mon Sahid. Si j’en juge par mon bonheur, cette eau doit lui procurer un bien fou. Nous atteignons le contrôle au galop.

Aussitôt le passage réussi devant le véto, nous confions notre valeureux à une équipe de trois (!) maréchaux ferrants. Ils referrent les quatre pieds tant les sols abrasifs ont ravagé le métal. On place de nouvelles plaques sur les antérieurs. Nous sommes parés pour la suite (heureusement, car je verrai plus tard qu’il aurait été improbable de terminer, tant les terrains sont jonchés de pierres).

Sur un bon cheval, un Espagnol quitte le vet une poignée secondes après moi. En nous relayant,  nous cheminerons ensemble jusqu’au bout. Sahid galope et nous doublons maintenant des couples moins prudents. Certains mal en point. La course se poursuit sur ce plateau sec, désolé, âprement beau. De grands papillons noirs et gris nous accompagnent parfois un instant.
Quelques côtes supplémentaires qui font mal et nous parvenons au 141e km vers le 40e rang.

Pour le revêtement du sol, l’ultime section, à quelques exceptions près en descente, se révèle la pire. Nous sommes très souvent contraints de ralentir. Mais tout baigne. A deux bornes de l’arrivée, nous franchissons le Tarn à gué, puis encore souple et allant, Sahid réussit Florac applaudi par une nombreuse chambrée de spectateurs. Excellent moment, bien sûr ! Moralement, évidemment, mais aussi physiquement, je me sens très bien. Sahid est un vrai bon cheval. Grâce à ses qualités, somme toute, ce fut un raid facile. On peut se réjouir pour la suite de sa carrière.
Nous nous hissons au 35e rang, à 14.72 de moyenne. Belle performance, mais la première Sarah Chakil, une jeune Française nous met 1h 45’ dans la vue ! On n’en a pas fini avec notre progression.

Du côté des autres belges, Wendy Fallon termine 26e, Dirk Coolen 45e et Muriel Guillaudeux 51e.

Alienor Linotte et Alain ont payé de leur personne en travaillant pour Sahid et moi de 3 heures à 20 heures ! Un immense merci à tous deux. Formidable intendance sans qui aucune course ne serait possible.

Michel Lequarré


Alienor Linotte présente Sahid au contrôle initial, la veille de la course.
Le trotting des contrôles vétérinaires est un moment crucial. La moindre irrégularité peut entrainer l’élimination immédiate et sans recours. Aussi l’habileté du trotteur est parfois déterminante.
Alienor sait y faire.


La saga Kentucky

En endurance, chaque pays a le droit d’envoyer cinq cavaliers aux jeux équestres mondiaux du Kentucky. Pour des raisons budgétaires (30 000 € tout de même par cheval transporté là-bas !), la Belgique avait décidé de n’en retenir que quatre. Le sélectionneur n’avait pas choisi la paire que je forme avec LI Korum, néanmoins nous étions réservistes.

Les jours passaient et tout allait bien pour la sélection. J’avais fait mon deuil de ma participation.
Vendredi 10, juste après le contrôle initial, Pierre Arnould (sélectionneur) m’annonçait tout joyeux qu’il y avait un désistement dans l’équipe de complet et que la fédération accédait à une demande que nous avions faite depuis un moment. A savoir inscrire un 5e endurancier au USA, c'est-à-dire moi ! Formidable nouvelle qui me comblait évidemment. Et à nous, Alienor Linotte et moi de combiner tout ce qu’il nous restait à faire d’ici une semaine et l’embarquement de LI Korum vendredi 17 à Bierset.
Ainsi samedi soir après notre réussite de Florac, nous étions sur un nuage, croyant vivre un week-end de rêve…

Le dimanche à midi, tout redevenait un peu plus terne. Le vétérinaire mandaté par la fédé pour revoir
LI Korum lui dénichait une ancienne tendinite (« qui ne devrait être complètement guérie que dans un mois seulement »)  à l’antérieur droit. Étonnant, car le cheval n’a jamais boité de l’antérieur droit…
Enfin, faisons confiance à la faculté et tournons la page. Ce sera pour une autre fois.

Michel Lequarré